La mise bas est l'aboutissement physiologique et émotionnel de toute reproduction. Pour la chienne, c'est un processus naturel qui se déroule généralement sans complication majeure. Pour l'éleveur, c'est une période d'intense vigilance : la majorité des problèmes survenant pendant la mise bas peuvent évoluer en quelques heures vers une issue grave si on ne sait pas reconnaître les signaux d'alerte. Bien se préparer, connaître les phases normales, savoir quand appeler le vétérinaire : ces trois éléments transforment une mise bas potentiellement angoissante en moment maîtrisé.
Le profil en un coup d'oeil
Les trois phases de la mise bas
Le déroulé physiologique se décompose en trois temps distincts :
- Phase 1 (préparatoire) : 6 à 12 heures en moyenne, parfois jusqu'à 24 heures chez une chienne primipare. Contractions utérines initiales non visibles, relaxation du col, agitation, isolement, parfois nidification, baisse de température corporelle (37°C ou moins). La chienne cherche un endroit calme.
- Phase 2 (expulsion des chiots) : démarre avec l'apparition de pertes vertes foncées (utéroverdine, due au décollement placentaire). Le premier chiot apparaît dans les 2 heures suivantes. Les chiots suivants sortent à intervalles de 20 à 60 minutes en moyenne, parfois jusqu'à 2 heures entre deux. Contractions abdominales visibles, respiration haletante.
- Phase 3 (expulsion des placentas) : entremêlée avec la phase 2. Un placenta sort généralement après chaque chiot (parfois avec un léger retard). La chienne mange souvent le placenta (comportement instinctif normal).
La phase 2 et la phase 3 sont étroitement liées : on parle souvent simplement de 'l'expulsion'. La durée totale de la mise bas est en moyenne de 6 à 12 heures pour une portée standard de 4-8 chiots, parfois davantage pour les très grandes portées.
Préparer la mise bas : 3 semaines avant
Une bonne préparation évite la majorité des problèmes :
- Visite vétérinaire à J45-J50 : échographie ou radiographie pour estimer le nombre de chiots (utile pour savoir quand toute la portée est sortie).
- Aménagement de la maternité : caisse de mise bas (taille adaptée à la chienne, rebords pour éviter l'écrasement des chiots), linges absorbants, lampe chauffante pour maintenir 25-28°C les premiers jours.
- Matériel : balance de précision pour peser chaque chiot à la naissance, fil dentaire ou ciseaux stériles (pour couper les cordons si la chienne ne le fait pas), serviettes, sérum physiologique, gants stériles.
- Contact vétérinaire : prévenir le vétérinaire de référence des dates probables, avoir le numéro d'une clinique d'urgence 24/24 noté visiblement.
- Surveillance pré-mise bas : à partir de J57, prise de température rectale 2-3 fois par jour. Une chute soudaine sous 37°C annonce la mise bas dans les 24 heures.
- Présence : organiser pour être présent en continu à partir de la chute de température.
La chronologie type d'une mise bas normale
- Pendant l'expulsion : chaque chiot est expulsé puis la mère déchire le sac amniotique, sectionne le cordon, lèche le chiot
- Si la chienne ne fait pas ces gestes (chiennes primipares parfois), l'éleveur prend le relais
- Compter les placentas : un par chiot, indispensable pour ne pas laisser de placenta retenu
- Une fois la portée complète, la chienne se calme et accepte la tétée
Les complications principales
Plusieurs dystocies sont régulièrement rencontrées :
- Inertie utérine primaire : contractions absentes ou très faibles dès le départ. Cause non identifiée, parfois liée à un déséquilibre hormonal. Traitement : ocytocine puis césarienne si pas d'effet.
- Inertie utérine secondaire : contractions présentes initialement puis s'épuisent (chienne fatiguée par les premières expulsions). Fréquente en fin de portée. Traitement : ocytocine + compléments calciques.
- Disproportion fœto-pelvienne : chiot trop gros pour le bassin maternel. Risque accru chez les races à grosse tête (Bouledogue, Carlin), les chiennes primipares de petit format, les portées très réduites (1-2 gros chiots).
- Mauvaise présentation : chiot en présentation transversale, par le siège (à risque mais souvent gérable), tête déviée. Manipulation vétérinaire ou césarienne.
- Mort fœtale in utero : chiot décédé avant expulsion. Peut compliquer ou bloquer la suite. Diagnostic par échographie.
- Hémorragie : peu fréquente mais grave, urgence absolue.
- Rétention placentaire : un placenta non expulsé après la portée complète. Risque de métrite. Traitement par ocytocine et antibiothérapie.
La césarienne : quand et pourquoi
La césarienne devient nécessaire dans plusieurs situations :
- Dystocie médicalement résistante : ocytocine sans effet, chiot bloqué non manipulable.
- Disproportion fœto-pelvienne : chiot trop gros pour passer.
- Mauvaise présentation non corrigible.
- Souffrance maternelle ou fœtale aiguë.
- Race à risque élevé : Bouledogue Français, Bouledogue Anglais, Boston Terrier, Carlin. Pour ces races, la césarienne planifiée à terme est souvent la pratique standard (taux de césarienne supérieur à 80 % chez certaines races brachycéphales).
Déroulement : anesthésie générale, courte chirurgie de 30-60 minutes, extraction des chiots, suture utérine, suture abdominale. Récupération maternelle rapide si chirurgie programmée, plus difficile si chirurgie d'urgence après épuisement.
Coût : 500 à 1 500 € pour une césarienne programmée, 1 000 à 2 500 € pour une césarienne d'urgence. Pour les races à risque, c'est un poste budget à anticiper.
Erreurs et pièges fréquents
- Manquer la surveillance de la température : repère majeur de l'imminence de la mise bas.
- Laisser la chienne seule pendant la phase d'expulsion : risque d'écrasement des chiots, complications non détectées.
- Tirer sur un chiot bloqué : risque de blessure ou rupture, manœuvre à laisser au vétérinaire.
- Ignorer un placenta non expulsé : risque de métrite, surveillance vétérinaire indispensable à 24-48h.
- Donner du calcium sans avis vétérinaire : peut être utile mais sous contrôle.
- Ne pas peser les chiots à la naissance : repère majeur du suivi de croissance les jours suivants.
- Surchauffer ou sous-chauffer la maternité : 25-28°C les premiers jours, plus haut pour les portées affaiblies.
- Manquer la visite vétérinaire post-mise bas (J2-J3) : examen des chiots, vérification de la chienne (placentas retenus, métrite, hypocalcémie).
Les bons réflexes éleveur
- Préparer la maternité 2-3 semaines avant la mise bas.
- Visite vétérinaire J45-J50 : échographie pour estimer le nombre de chiots.
- Surveillance température dès J57 (chute < 37°C = mise bas dans 24h).
- Présence continue dès la chute de température.
- Surveillance attentive : noter heure de chaque expulsion, peser chaque chiot.
- Compter les placentas : un par chiot.
- Appeler le vétérinaire au moindre signal d'alerte (6h pertes vertes sans chiot, 30-60 min contractions sans expulsion).
- Numéro d'urgence vétérinaire 24/24 visible et accessible.
- Visite vétérinaire post-mise bas à J2-J3 : examen chiots et chienne, vérification métrite ou hypocalcémie.
- Tenir un journal détaillé de la mise bas (utile pour les prochaines, et en cas de réclamation vétérinaire).