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Santé

MDR1 (gène de sensibilité médicamenteuse)

Définition

Le gène MDR1 (Multi-Drug Resistance 1, aussi appelé ABCB1) code une protéine de transport (P-glycoprotéine) qui agit comme une barrière entre le sang et le cerveau, éliminant activement certaines molécules toxiques. Une mutation héréditaire rend cette barrière non fonctionnelle, exposant le chien à des intoxications graves voire mortelles avec des médicaments courants : ivermectine, lopéramide, vincristine, certains opioïdes. La mutation est très fréquente chez les races de berger d'origine britannique (Colley 85 %, Berger Australien 54 %, Shetland 52 %). Un simple test génétique buccal permet d'identifier le statut du chien avant tout traitement médicamenteux.

À retenir

  • 01Gène MDR1 (ABCB1) code la P-glycoprotéine, élément clé de la barrière hémato-encéphalique
  • 02Mutation héréditaire qui supprime cette barrière, exposant à des intoxications graves
  • 03Races très touchées : Colley (85 %), Berger Australien (54 %), Shetland (52 %), Berger Blanc Suisse, Border Collie
  • 04Médicaments à éviter ou doser avec précaution : ivermectine, lopéramide, vincristine, certains opioïdes et antiémétiques
  • 05Test génétique simple par frottis buccal ou sang, 60 à 90 €, résultats sous 1 à 3 semaines
  • 06Carte d'identité MDR1 à présenter au vétérinaire avant toute prescription chez un chien muté

Le MDR1 est l'un des tests génétiques les plus utiles à faire faire à son chien lorsqu'il appartient à une race à risque. Pour une dépense modeste et un acte indolore, on évite potentiellement une intoxication grave avec des médicaments courants. La mutation n'est pas une maladie en soi : c'est une particularité qui, une fois connue, est très facile à gérer. Le drame n'arrive que quand elle est ignorée.

Le profil en un coup d'oeil

Gène concerné

MDR1 (Multi-Drug Resistance 1), aussi nommé ABCB1

Protéine codée

P-glycoprotéine (P-gp), barrière hémato-encéphalique

Effet de la mutation

Suppression de la barrière, hypersensibilité médicamenteuse

Races à risque majeur

Colley (85 %), Berger Australien (54 %), Shetland (52 %)

Test

Frottis buccal ou prise de sang, 60-90 €, résultats 1-3 semaines

Outil pratique

Carte d'identité MDR1 dans le carnet de santé

Comment fonctionne la P-glycoprotéine

La P-glycoprotéine est une protéine de transport présente notamment dans la barrière hémato-encéphalique (la frontière entre le sang et le cerveau). Son rôle est d'expulser activement certaines molécules potentiellement toxiques avant qu'elles n'atteignent le système nerveux central.

  • Chez un chien sain : la P-glycoprotéine fonctionne, les molécules toxiques sont éliminées rapidement, le cerveau est protégé.
  • Chez un chien muté MDR1 (-/-) : la P-glycoprotéine est non fonctionnelle, les molécules s'accumulent dans le système nerveux, l'intoxication peut être grave voire mortelle.
  • Chez un chien hétérozygote (+/-) : protection partielle, sensibilité accrue mais variable.

La mutation a été décrite pour la première fois par Mealey et al. en 2001, en lien avec la sensibilité à l'ivermectine chez le Colley.

Les races concernées et leurs fréquences

La mutation est concentrée dans les lignées de berger d'origine britannique. Fréquences observées en France et à l'international :

  • Colley à poil long et court : environ 85 % de porteurs (homozygotes ou hétérozygotes)
  • Berger Australien : environ 54 %
  • Berger des Shetland : environ 52 %
  • Berger Blanc Suisse : environ 30 à 40 %
  • Border Collie : environ 5 à 10 %
  • Bobtail (Old English Sheepdog), Berger Anglais Ancien : pourcentages variables, race à tester
  • Croisements de ces races : test recommandé.

Pour ces races, le test n'est plus optionnel : c'est devenu un standard de bonne pratique.

Les médicaments à risque

Une liste désormais bien établie de molécules présente un risque accru chez les chiens MDR1 mutés :

  • Antiparasitaires : ivermectine, milbémycine (à dose élevée), moxidectine, doramectine. À doses antiparasitaires standard chez le chien, certaines sont sûres ; à doses élevées (par exemple traitement de la gale démodécique), risque majeur.
  • Antidiarrhéiques : lopéramide (Imodium). À proscrire absolument chez un MDR1 muté.
  • Chimiothérapie : vincristine, doxorubicine, vinblastine. Adaptation de dose ou substitution nécessaire.
  • Antiémétiques : ondansétron à fortes doses, métoclopramide (parfois).
  • Opioïdes et sédatifs : butorphanol à doses élevées, acépromazine. À utiliser avec prudence et à doses réduites.

Cette liste évolue : le vétérinaire doit être informé du statut MDR1 du chien avant toute prescription, et consulter les bases de données actualisées (par exemple celle de l'Université d'État de Washington).

Le test MDR1 en pratique

Prélèvement (frottis buccal ou sang) -> envoi au laboratoire spécialisé -> analyse génétique -> résultat sous 1 à 3 semaines -> certificat de génotype -> carte d'identité MDR1
  • Prélèvement réalisable chez le vétérinaire ou en kit envoyé à domicile pour certains labos
  • Laboratoires de référence en France : Antagene, Genindexe, ANTAGENE-CGV
  • Tarif : 60 à 90 € en moyenne
  • Le résultat précise le génotype : +/+ (sain), +/- (hétérozygote), -/- (muté homozygote)
  • Pour la reproduction : éviter de croiser deux chiens -/-, viser la baisse progressive du taux de mutation dans la race

Cas terrain

Le chien Colley adopté sans test

Situation
Colley adulte adopté en seconde main, sans information sur son statut MDR1. Le propriétaire prévoit le vermifuge annuel.
Démarche
Avant toute prescription antiparasitaire ou médicamenteuse, faire le test MDR1 (60-90 €). En attendant le résultat, choisir un antiparasitaire connu pour être sûr chez les MDR1 mutés (par exemple : praziquantel, pyrantel, fenbendazole).
Sortie
Une fois le résultat connu (sous 1 à 3 semaines), établir la carte d'identité MDR1 et la conserver dans le carnet de santé. Tout vétérinaire futur consulté devra être informé.
Coût total
60-90 € pour le test, à comparer au coût potentiel d'une hospitalisation en cas d'intoxication (souvent plusieurs milliers d'euros).

Cas terrain

L'éleveur de Berger Australien qui sélectionne

Situation
Éleveur d'une race à forte prévalence MDR1 (Berger Australien, 54 %) qui souhaite faire reproduire ses chiens.
Démarche
Tester systématiquement les reproducteurs avant tout projet de saillie. Éviter absolument de croiser deux chiens -/- (homozygotes mutés) : tous les chiots seront mutés.
Stratégie
Croiser un +/+ avec un -/- = tous les chiots seront +/- (porteurs hétérozygotes). Croiser deux +/- = 25 % de +/+, 50 % de +/-, 25 % de -/-. Communiquer systématiquement le statut MDR1 aux acquéreurs (mention dans le contrat de vente).
Objectif race
Faire baisser progressivement la fréquence de la mutation dans la race, sans appauvrir la diversité génétique.

Symptômes d'intoxication à reconnaître

L'intoxication d'un chien MDR1 muté ressemble à un trouble neurologique grave. Les signes apparaissent généralement quelques heures à quelques jours après administration du médicament :

  • Hypersalivation marquée
  • Mydriase (dilatation des pupilles)
  • Désorientation, démarche ébrieuse
  • Tremblements puis convulsions
  • Léthargie progressive, coma
  • Dans les cas graves : décès.

Tout signe neurologique inhabituel après administration d'un nouveau médicament chez un chien à risque MDR1 doit être considéré comme une urgence vétérinaire : arrêt immédiat du traitement, consultation en urgence, communication du statut MDR1 et du médicament administré.

Erreurs à éviter

  • Donner du lopéramide (Imodium) à un chien sans connaître son statut MDR1 : risque mortel chez un muté.
  • Penser que seuls les Colleys sont concernés : Berger Australien, Shetland, Berger Blanc Suisse sont aussi très touchés.
  • Croire qu'un chien hétérozygote (+/-) est totalement protégé : sensibilité accrue, prudence requise.
  • Reporter le test 'parce que le chien va bien' : la sensibilité ne se manifeste qu'au premier médicament à risque.
  • Ne pas informer le vétérinaire du statut MDR1 lors d'une consultation : chaque vétérinaire ne va pas vérifier spontanément la race et l'historique.

Les bons réflexes

  • Tester systématiquement tout chien d'une race à risque, idéalement avant 1 an.
  • Conserver la carte d'identité MDR1 dans le carnet de santé du chien.
  • Informer systématiquement le vétérinaire du statut MDR1 avant toute prescription.
  • Pour les vermifuges et antiparasitaires : privilégier des molécules connues pour être sûres (praziquantel, pyrantel, milbémycine à dose antiparasitaire standard).
  • Pour les éleveurs : tester les reproducteurs, éviter les croisements deux -/-, communiquer le statut aux acquéreurs.
  • En cas de doute sur un médicament : consulter la base Washington State University ou demander au vétérinaire de la vérifier.

Questions fréquentes

Mon chien est-il à risque MDR1 ?

Si votre chien est un Colley, un Berger Australien, un Shetland, un Berger Blanc Suisse, un Border Collie ou un croisement de ces races, le test est fortement recommandé. La mutation existe avec une fréquence importante chez ces races (85 % chez le Colley). Pour les autres races, le risque est faible. En cas de doute (chien d'origine inconnue, croisement), le test reste la seule façon d'avoir une certitude.

Combien coûte le test MDR1 ?

Entre 60 et 90 € selon le laboratoire (Antagene, Genindexe, etc.). Le prélèvement se fait par frottis buccal (kit envoyé à domicile) ou prise de sang chez le vétérinaire. Le résultat est délivré sous 1 à 3 semaines avec un certificat officiel précisant le génotype (+/+ sain, +/- hétérozygote, -/- muté). C'est un investissement très modéré comparé au coût potentiel d'une intoxication.

Mon chien est MDR1 muté, peut-il vivre normalement ?

Oui, à condition d'éviter ou de doser avec précaution les médicaments à risque. La mutation MDR1 n'est pas une maladie qui réduit la qualité de vie au quotidien. Elle nécessite simplement une vigilance médicamenteuse permanente : informer le vétérinaire à chaque consultation, présenter la carte d'identité MDR1, demander vérification de tout nouveau médicament. Avec ces précautions, un chien muté vit aussi longtemps et aussi bien qu'un chien non muté.

Quels antiparasitaires donner à un chien MDR1 muté ?

Les molécules considérées comme sûres aux doses antiparasitaires standard incluent : praziquantel (vers plats), pyrantel (vers ronds), fenbendazole, milbémycine (à dose antiparasitaire standard). À éviter ou à utiliser avec extrême précaution sous suivi vétérinaire : ivermectine à forte dose, moxidectine. Le vétérinaire adapte la prescription en fonction du statut connu. Toujours présenter la carte MDR1 lors de la consultation.

Si mes deux parents sont +/+ (non mutés), mon chien sera-t-il forcément +/+ ?

Oui. Si les deux parents sont génétiquement testés +/+ (homozygotes non mutés), tous les chiots seront également +/+. C'est une transmission mendelienne classique. C'est pour ça que les éleveurs qui testent systématiquement et choisissent des reproducteurs +/+ peuvent garantir des chiots non mutés. Demander les certificats génétiques des parents avant l'achat est légitime pour les races à risque.

Que faire si mon chien a reçu accidentellement un médicament à risque ?

Urgence vétérinaire absolue. Contacter immédiatement le vétérinaire ou une clinique d'urgence (24/24h). Apporter le carnet de santé, la carte MDR1, et le nom exact du médicament administré (boîte, ordonnance). Plus la prise en charge est précoce, plus les chances de récupération sont élevées. Ne jamais attendre l'apparition de symptômes pour consulter : agir préventivement dès la prise du médicament suspect.

Doit-on faire dépister un chiot d'une race à risque ?

Oui, idéalement avant 1 an et avant tout traitement médicamenteux (vermifuge, antipuces, intervention chirurgicale). Beaucoup d'éleveurs sérieux livrent désormais leurs chiots avec le statut MDR1 déjà testé ou déductible (parents testés). En l'absence de cette information, le test individuel coûte 60-90 € et offre une sécurité à vie. Pour un chiot d'élevage non testé, c'est l'un des premiers tests à programmer.

Dans le glossaire

Pedigree

Le pedigree est le certificat officiel d'origine d'un chien de race, qui atteste sa généalogie sur 5 générations. En France, il est délivré par la Société Centrale Canine (SCC) après confirmation du chien et son inscription définitive au LOF. Il garantit l'appartenance du chien à une race au sens légal (article L.214-8 du Code rural) et permet la reproduction LOF, la participation à des concours en classe LOF, et la reconnaissance internationale via la FCI (94 pays membres). Le pedigree contient aussi des informations complémentaires : cotation du chien et de ses ascendants, dépistages éventuels, titres obtenus. À distinguer du certificat de naissance LOF (pedigree provisoire avant confirmation).

Dysplasie des hanches et des coudes (HD / HC)

La dysplasie de la hanche (HD) et la dysplasie du coude (ED) sont des malformations articulaires fréquentes chez les chiens de moyenne à grande race, à transmission polygénique et modulées par l'environnement. Diagnostiquées par radiographie standardisée à partir de 12 à 15 mois selon la race, elles sont notées selon les grilles FCI : HD de A (sain) à E (sévère), ED de 0 (normal) à 4 (stade III). Le dépistage réduit le risque populationnel dans une race mais ne supprime jamais totalement le risque individuel chez un chien donné.

APR (Atrophie Progressive de la Rétine)

L'APR (Atrophie Progressive de la Rétine) est une dégénérescence héréditaire des photorécepteurs de la rétine, qui évolue vers une cécité totale, généralement entre 4 et 8 ans selon les formes. Elle existe sous plusieurs variantes génétiques (prcd-PRA, rcd1, etc.) avec des mutations spécifiques à chaque race ou groupe de races. Présente dans une cinquantaine de races canines (Cocker, Caniche, Labrador, Berger Australien, Setters, Westie, Bouvier des Flandres, etc.), elle est dépistable par test génétique spécifique à la race avant tout projet de reproduction, et par examen ophtalmologique du fond d'oeil chez le vétérinaire ophtalmologiste. Aucun traitement n'existe à ce jour.

Vaccination canine

La vaccination canine protège le chien contre plusieurs maladies infectieuses graves : maladie de Carré, hépatite de Rubarth, parvovirose (ensemble appelé CHP), leptospirose et rage. Les recommandations WSAVA 2024 reclassent désormais la leptospirose parmi les vaccins essentiels dans les pays où elle circule (dont la France). Le protocole standard : primovaccination du chiot à 8, 12 et 16 semaines, premier rappel à 26 semaines (6 mois) ou 1 an, puis rappels CHP triennaux et leptospirose annuelle. Seule la rage est obligatoire dans certaines situations légales (catégorisation, voyage UE).

CEA (Anomalie Oculaire du Colley)

L'AOC (Anomalie Oculaire du Colley), aussi appelée CEA (Collie Eye Anomaly), est une malformation héréditaire bilatérale touchant le développement de la rétine et de la choroïde. Elle est causée par une délétion de 7,8 kb dans l'intron 4 du gène NHEJ1, avec transmission autosomique récessive à pénétrance variable. Présente dans une fréquence élevée chez les races de bergers d'origine britannique (Colley à poil long et court, Berger Australien, Berger des Shetland, Berger Américain Miniature, Border Collie), elle se manifeste avec une gravité très variable : de la simple anomalie choroïdienne sans conséquence visuelle, jusqu'à un colobome ou décollement rétinien menant à la cécité. Diagnostic par examen ophtalmologique précoce (6 à 8 semaines) et test génétique.

HSF4 (cataracte juvénile héréditaire)

Le gène HSF4 (Heat Shock Factor 4) code une protéine essentielle au maintien de la transparence du cristallin. Une mutation héréditaire dans ce gène provoque une cataracte juvénile bilatérale, c'est-à-dire une opacification progressive du cristallin apparaissant entre 6 mois et 3 ans, parfois plus tard. Identifiée par l'équipe de Cathryn Mellersh (Animal Health Trust, Royaume-Uni) en 2006, la mutation HSF4 touche principalement le Berger Australien (forme HSF4-A), le Boston Terrier et le Staffordshire Bull Terrier (mutations apparentées). Test génétique disponible par frottis buccal (Antagene). Selon les races, la transmission est autosomique récessive (Boston, Staffordshire) ou autosomique dominante avec pénétrance variable (Berger Australien).

LOF

Le LOF (Livre des Origines Français) est le registre officiel des chiens de race en France, géré par la Société Centrale Canine depuis 1885. Il atteste qu'un chien descend d'ascendants conformes au standard de sa race. C'est un outil de traçabilité généalogique, pas un label de qualité d'élevage. En France, seuls les chiens inscrits au LOF (ou à un livre étranger reconnu par la FCI) peuvent être légalement vendus comme « chiens de race » (article L.214-8 du Code rural).

Sources

  • Mealey K.L., Bentjen S.A., Gay J.M., Cantor G.H. - Ivermectin sensitivity in collies is associated with a deletion mutation of the mdr1 gene, Pharmacogenetics, 2001
  • Antagene - Test MDR1, fiche scientifique, 2024
  • Washington State University Veterinary Clinical Pharmacology Laboratory - MDR1 multidrug resistance gene
  • Le Point Vétérinaire n°1671 - La mutation du gène MDR1 et ses risques médicaux chez le chien, 2016

Dernière mise à jour : 19 mai 2026