Le MDR1 est l'un des tests génétiques les plus utiles à faire faire à son chien lorsqu'il appartient à une race à risque. Pour une dépense modeste et un acte indolore, on évite potentiellement une intoxication grave avec des médicaments courants. La mutation n'est pas une maladie en soi : c'est une particularité qui, une fois connue, est très facile à gérer. Le drame n'arrive que quand elle est ignorée.
Le profil en un coup d'oeil
Comment fonctionne la P-glycoprotéine
La P-glycoprotéine est une protéine de transport présente notamment dans la barrière hémato-encéphalique (la frontière entre le sang et le cerveau). Son rôle est d'expulser activement certaines molécules potentiellement toxiques avant qu'elles n'atteignent le système nerveux central.
- Chez un chien sain : la P-glycoprotéine fonctionne, les molécules toxiques sont éliminées rapidement, le cerveau est protégé.
- Chez un chien muté MDR1 (-/-) : la P-glycoprotéine est non fonctionnelle, les molécules s'accumulent dans le système nerveux, l'intoxication peut être grave voire mortelle.
- Chez un chien hétérozygote (+/-) : protection partielle, sensibilité accrue mais variable.
La mutation a été décrite pour la première fois par Mealey et al. en 2001, en lien avec la sensibilité à l'ivermectine chez le Colley.
Les races concernées et leurs fréquences
La mutation est concentrée dans les lignées de berger d'origine britannique. Fréquences observées en France et à l'international :
- Colley à poil long et court : environ 85 % de porteurs (homozygotes ou hétérozygotes)
- Berger Australien : environ 54 %
- Berger des Shetland : environ 52 %
- Berger Blanc Suisse : environ 30 à 40 %
- Border Collie : environ 5 à 10 %
- Bobtail (Old English Sheepdog), Berger Anglais Ancien : pourcentages variables, race à tester
- Croisements de ces races : test recommandé.
Pour ces races, le test n'est plus optionnel : c'est devenu un standard de bonne pratique.
Les médicaments à risque
Une liste désormais bien établie de molécules présente un risque accru chez les chiens MDR1 mutés :
- Antiparasitaires : ivermectine, milbémycine (à dose élevée), moxidectine, doramectine. À doses antiparasitaires standard chez le chien, certaines sont sûres ; à doses élevées (par exemple traitement de la gale démodécique), risque majeur.
- Antidiarrhéiques : lopéramide (Imodium). À proscrire absolument chez un MDR1 muté.
- Chimiothérapie : vincristine, doxorubicine, vinblastine. Adaptation de dose ou substitution nécessaire.
- Antiémétiques : ondansétron à fortes doses, métoclopramide (parfois).
- Opioïdes et sédatifs : butorphanol à doses élevées, acépromazine. À utiliser avec prudence et à doses réduites.
Cette liste évolue : le vétérinaire doit être informé du statut MDR1 du chien avant toute prescription, et consulter les bases de données actualisées (par exemple celle de l'Université d'État de Washington).
Le test MDR1 en pratique
- Prélèvement réalisable chez le vétérinaire ou en kit envoyé à domicile pour certains labos
- Laboratoires de référence en France : Antagene, Genindexe, ANTAGENE-CGV
- Tarif : 60 à 90 € en moyenne
- Le résultat précise le génotype : +/+ (sain), +/- (hétérozygote), -/- (muté homozygote)
- Pour la reproduction : éviter de croiser deux chiens -/-, viser la baisse progressive du taux de mutation dans la race
Erreurs à éviter
- Donner du lopéramide (Imodium) à un chien sans connaître son statut MDR1 : risque mortel chez un muté.
- Penser que seuls les Colleys sont concernés : Berger Australien, Shetland, Berger Blanc Suisse sont aussi très touchés.
- Croire qu'un chien hétérozygote (+/-) est totalement protégé : sensibilité accrue, prudence requise.
- Reporter le test 'parce que le chien va bien' : la sensibilité ne se manifeste qu'au premier médicament à risque.
- Ne pas informer le vétérinaire du statut MDR1 lors d'une consultation : chaque vétérinaire ne va pas vérifier spontanément la race et l'historique.
Les bons réflexes
- Tester systématiquement tout chien d'une race à risque, idéalement avant 1 an.
- Conserver la carte d'identité MDR1 dans le carnet de santé du chien.
- Informer systématiquement le vétérinaire du statut MDR1 avant toute prescription.
- Pour les vermifuges et antiparasitaires : privilégier des molécules connues pour être sûres (praziquantel, pyrantel, milbémycine à dose antiparasitaire standard).
- Pour les éleveurs : tester les reproducteurs, éviter les croisements deux -/-, communiquer le statut aux acquéreurs.
- En cas de doute sur un médicament : consulter la base Washington State University ou demander au vétérinaire de la vérifier.